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Faire du Sahel un pays de Cocagne?

Paru en décembre 2016, René Billaz présente son livre à Montpellier, ce mardi 21 janvier 2017, lors du café actualité de la Maison des Tiers Mondes et de la Solidarité Internationale (MTMSI). Il expose son point de vue sur l'avenir du Sahel, basé de son expérience d'agronome de 1954 à aujourd'hui.

Reverdir le Sahel est le propos de nombreux projets de développement. Quelle est la réalité de ce rêve? L'agronomie moderne est sollicitée pour répondre à deux questions majeures: « produire sans dégrader » et « développer sans exclure », auxquelles sa forme conventionnelle n'a pas de réponse, particulièrement au Sahel. L'agro-écologie prétend en être l'alternative. [extrait du livre]

Après une introduction sur le contexte socio-démographique et climatique du sahel, il expose plusieurs pressions sur ces terres (ruminants, surface cultivable) dues en partie à l'explosion démographique, une gestion du territoire à court terme et un manque d'investissement. Il met en évidence une crise fourragère, une crise sécuritaire, une crise de rendement et divers problèmes nutritionnels.

Les ravinements et dégradations dues au climat sont accrus par ces crises. Une pente de 4/1000 est déjà trop forte. La densité de population moyenne est de 50 habitants au km² soit 1 personne pour 2 ha. C'est hélas insuffisant au vu des capacités de production des terres de cette zone. Les rares terres agricoles sont surexploitées.

Face à cela, il existe plusieurs solutions de développement. Certaines ont été mobilisées dès les années 80-90: le cordon pierreux, les cultures via le Zai, les techniques de régénération naturelle assistée (RNA), la mise en place d'une gestion des pâturages voir des fourrages etc.

Pour lui, il y a eu deux phases dans son expérience. Les espoirs de développement via la révolution verte centrée sur la chimie et la génomie puis, via son antonyme, l'agroécologie. Cette dernière se définit par une réelle prise en compte de la biologie des plantes et de l'intégration dans son écosystème où l'agriculteur doit être vigilant sur 4 points: la gestion de l'eau, la gestion de la matière organique, les flux de bio-nutriments et l'utilisation des bio-protecteurs.

À travers divers projets d'AVSF ou de centres de recherches, il a pu observer et participer à l'amélioration continue des techniques agroécologiques:

  • Le zaï traditionnel a pu être mécanisé par la traction animale via la kassine;
  • les propriétés de compost amélioré par l'ajout de micro-organismes du sol tel que les Trichoderma harzianun;
  • Les semis peuvent se faire en sec via un simple enrobage des graines par l'argile.

Sans être des essais dans le cadre scientifique et la rigueur que demande la recherche, les nombreuses expériences au Burkina Faso démontrent, dans les conditions favorables de pluie, pour une culture de sorgho, + 400 kg/ha avec Zaï manuel, + 800 kg/ha Zaï mécanique  + 1200 kg/ha avec du compost enrichi  et + 1600 kg/ha en semi-sec par rapport à un itinéraire de production classique. D'autres projets via l'agroforesterie et la mise en place de périmètre maraîcher permettront de créer un microclimat ou encore des démarches d'appropriation du territoire, via la cartographie participative, permettront de mettre en place un réel engagement citoyen et d'impliquer les populations locales au projet commun de développement. 

Malheureusement, on note divers problèmes dans la mise en œuvre :

  • La fabrication et entretien des outils tels que la kassine: il manque des soudeurs dans les villages;
  • La gestion des financements: par qui ? Pour qui? Pour combien de temps?
  • La fabrication de composte: l'irrégularité de réceptions des matières premières, la difficulté de suivi du compostage;
  • les problématiques foncières et de droits du sol: l'incertitude des droits d'usages et donc le manque d'investissement dans une parcelle;
  • Les oppositions d'intérêts entre éleveurs et cultivateurs, là où il faudrait de la collaboration et de la complémentarité;
  • La problématique du genre avec une population de femmes qui ont peu de poids dans les prises de décision, même si on note une évolution;
  • Le déficit d'enseignement agricole;
  • La problématique des politiques à court terme qui ont peu de vision durable du territoire.

Cette transformation du Sahel en pays de Cocagne semble impossible, toutefois des pistes existent. L'utopie peut devenir réelle si de profondes réflexions s'engagent sur la fertilité des sols et ses micro-organismes, les outils de suivi et de gestion du compostage, l'aménagement rural collectif et les démarches "bottom up".

Lorsqu'il regarde dans son "rétroviseur" (plus de 50 ans de carrières),  plusieurs messages n'ont pas été entendus: la tendance et risque de "clochardisation" des pays du tiers monde (1940), la notion du "small is beautiful" (1980), la problématique du savoir paysan qu'il faut conserver. Il faudra tôt ou tard revenir à une agriculture des écosystèmes, avec les principes de base de la biologie et stopper l'espérance dans "LA" solution unique pour le développement agricole.

Par ce livre et ses interventions, René Billaz espère que son message sera entendu: le rêve d'un Sahel vert n'est pas impossible, mais demande une prise de conscience collective: "Il y a plusieurs feux rouges dans ces notions de développement, j'espère pouvoir montrer des espoirs de feu orange à vert. La diffusion de techniques agricoles est à accompagner, tout comme les projets de développement. La solidarité reste essentielle".

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