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Hommage à Bhawani Shanker Kusum de l'ONG GBS

Bhawani Shanker Kusum, président de l'ONG partenaire du CARI en Inde GBS vient de disparaître le 14 novembre 2020. Patrice Burger, président du CARI, lui rend hommage et se souvient des beaux moments vécus avec lui, notamment dans la forêt de Gandhi.

Vêtu de la traditionnelle « kurta » indienne,  silhouette altière et regard acéré,  Bhawani Shanker Kusum ne laissait pas indifférent et arborait une allure que l’on n’oubliait pas. Il était un digne représentant de la culture de cette région mythique de l’Inde - le Rajasthan - qui comprend le désert du Thar et dont les récits des luttes indépendantistes des maharadjas hantent encore la mémoire collective. BHawani était aussi un homme engagé. En tant que président fondateur de l’ONG GBS[1] accréditée à la Convention des Nations Unies de lutte contre la désertification, il a exercé pendant deux années un mandat élu de représentation des ONG d’Asie et coordonné la participation des ONG indiennes et autres invités de la société civile à la 14ème conférence des parties qui se tenait à Delhi en septembre 2019. « Sa sagesse et ses paroles aimables ont toujours été très appréciées, ses conseils et son cœur nous ont tous rendus un peu meilleurs » dit de lui Marcos Montoiro le responsable de la Convention chargé de la société civile, ajoutant qu’il « travaillait sans relâche pour créer un monde meilleur en combattant la désertification et en essayant de donner un meilleur avenir à tous » et «  a soutenu la participation de nombreuses personnes venant pour la première fois dans son beau pays, agissant comme un ambassadeur de l'Inde. » Je partage ces réflexions et ajoute que le combat de Bhawani se voulait dans la stricte lignée de la philosophie de Gandhi.  

L’annonce de son décès ce samedi 14 novembre 2020 a sonné comme une très mauvaise nouvelle pour le CARI, ses permanents et moi-même. Nous savons que nous perdons un défenseur de la terre et un de ces  « ami du bout du monde », ceux dont on partage les valeurs,  sans partager la géographie et les frontières.  En plein confinement en France pour cause de COVID 19, cette nouvelle rajoute des couleurs sombres à cette année 2020 que l’on peut déjà qualifier « d’annus horribilis » pour tellement de personnes dans le monde qui ont perdu leur emploi, perdu leur santé, perdu des êtres chers et pour certains perdu un peu d’espoir.

En juin 2019 nous avions invité Bhawani au quatrième sommet Désertif’actions[2] de Ouagadougou pour nous aider à préparer la participation de la société civile à la conférence des Parties ; dans ses interventions Bhawani témoignait plutôt qu’il n’exprimait ses engagements et convictions de disciple de Gandhi. Le message passait dans le public.  

Après la COP 14 et afin de préciser le futur partenariat entre GBS et le CARI dans le cadre du projet Avaclim[3] portant sur l’agroécologie,  j’ai eu le privilège d’effectuer une visite à GBS . L’ONG est basée à Amer tout près de la célèbre ville rose de Jaipur. Dans les modestes locaux de GBS j’ai été accueilli très fraternellement par toute une équipe très engagée dans le travail de GBS et me souviens notamment, en plus de Bhawani,  de Abishek, de Amber et aussi de Kusum, fidèle parmi les fidèles. A cette occasion j’ai eu le privilège de mieux comprendre l’itinéraire de Bhawani, ancien fonctionnaire du gouvernement, et victime d’un choc en retournant dans sa région d’origine ( le Rajasthan) y découvrant une rivière de son enfance totalement asséchée au milieu de terres asséchées. Dans la voiture qui nous menait sur le site qui devait servir d’inspiration à Avaclim j’allais de découverte en découverte ; par exemple la visite d’une école rurale dont GBS a été à l’origine de l’achat du terrain et des collectes de fonds pour construire les bâtiments. L’école héberge 700 élèves, filles et garçons, et équilibre sont budget -y compris les uniformes des élèves chers à une tradition héritée de l’empire britannique - exclusivement à partir des dons privés de la communauté ! Je découvre avec surprise que ans un pays qui brigue la conquête spatiale, aucune subvention d’état n’est allouée à cette école où les professeurs sont payés de l’ordre d’un tiers du prix de l’enseignement public. Je suis séduit par cette belle jeunesse étudiante dont les regards sont d’une intense curiosité à mon égard et pleins de vie dont GBS permet l’épanouissement. Dans cette même enceinte je découvre un « health camp », toujours soutenu par GBS, c’est-à-dire l’intervention sur  place de médecins bénévoles de plusieurs disciplines. Equipés de médicaments essentiellement à base naturelle, ils procèdent à des consultations gratuites. J’apprends qu’il s’agit ici surtout de problèmes digestifs ou liés à des aspects sanitaires (nourriture, hygiène, salubrité, eau, etc…). Ou encore des problèmes intimes,  notamment pour les femmes,  et  sujet tabou dans cette région très rurale entraînant les jeunes femmes dans le désarroi : en deux jours, cinq cents personnes ont bénéficié de consultations ! Là encore pas d’état.    

Mais mon plus grand étonnement fut la découverte de Gandhivan (la forêt de Gandhi) après une route cahoteuse pourtant financée par le gouvernement local… à la demande de Bhawani ! Je redécouvrais un vieux principe : pour connaître qui est une personne, il est souvent plus parlant de savoir ce qu’elle fait, plutôt que ce qu’elle dit. Je fus servi.

Bhawani m’a conduit à ce qui l’avait mobilisé pendant trente ans de sa vie : une forêt dense adossée à des collines sèches. Il m’expliqua les débuts de cette aventure seul, sans soutien et sans ressources, demandant au gouvernement indien la mise à disposition de 100 hectares de dunes de sable pour y créer une forêt. Réussissant à convaincre quelques rares individus à l’accompagner dans la plantation d’arbres aux essences variées, et après de nombreux échecs, quelquefois seul dans des orages violents ; il réussit progressivement à organiser des chantiers de reboisement, y compris avec des personnes souffrant de handicaps, des délinquants et même des lépreux ! « Dans cet endroit où pullulaient les scorpions et les serpents, personne n’a jamais été piqué ou mordu » expliquait-il en ajoutant « la zone a été totalement boisée d’une très grande diversité d’espèces forestières et arbustives selon trois principes gandhiens : ne supprimer aucune vie, ne faire aucun aménagement de surface, ne perdre aucune goutte d’eau ».  La visite des lieux fut faite en toute simplicité. Le lieu sert aujourd’hui de support de formation et d’accueil. Outre la grande biodiversité spontanée qui s’y est implantée, deux tigres et des panthères y ont élu leur domicile .

En partageant quelques savoureuses galettes assis au milieu des arbres et après avoir moi-même planté un arbre souvenir, l’évidence s’imposait : des principes agroécologiques alliés à la détermination contagieuse d’une seule personne avaient la capacité de restaurer les terres.  Bhawani n’aura pas eu le temps d’écrire l’histoire de Gandhivan comme il me l’a promis, mais il aura peut-être eu le temps d’inspirer les partenaires des 10 pays du projet Avaclim lors de l’atelier de lancement que nous avons eu en Janvier 2020 au CARI. Quel immense regret de ne pouvoir poursuivre notre cheminement commun au sein du projet. Mais nous nous inspirerons de cet exemple. Repose en paix Bhawani.   

[1]https://www.gbsjaipur.org/projects.php?Type=2

[2]https://desertif-actions.org/

[3]https://avaclim.org/le-projet/

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