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Le rapport alarmant de l'IPBES sur l'état de la biodiversité dans le monde

Le 6 mai dernier, le groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité, l'IPBES (plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) ont publié leur premier rapport d’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques. Le rapport principal, sur lequel travaillaient 400 experts de 50 pays depuis 3 ans, basé sur 15000 études scientifiques et rapports gouvernementaux, ne compte pas moins de 1800 pages. La plateforme s’était réuni en amont de cette publication, à Paris, du 29 avril au 4 mai dernier pour approuver le résumé du rapport lors de la 7ème session plénière de l’IPBES.

Dans ce rapport, l’IPBES propose aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent. Les résultats de l’évaluation menée présentent un « panorama inquiétant », comme l’affirme le président de la plateforme, Sir Robert Watson. Il constate que « la santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais ».

Il est estimé qu’aujourd’hui, environ 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, soit une espèce sur 8 notamment au cours des prochaines décennies, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Cette perte serait la conséquence directe de l’activité humaine et constitue une menace directe pour le bien-être de l’humanité dans toutes les régions du monde.

Le rapport a par ailleurs bien identifié les cinq facteurs aggravants, directs, de changement qui affectent la nature et qui ont les plus forts impacts à l’échelle mondiale: 

  1. Les changements d’usage des terres et de la mer
  2. l’exploitation directe de certains organismes (plantes, animaux)
  3. le changement climatique
  4. la pollution
  5. les espèces exotiques invasives

Parmi les principaux facteurs indirects à l’origine de la perte de biodiversité, on compte l’augmentation de la population et de la consommation par habitant, l’innovation technologique (qui a permis dans certains cas de diminuer les dommages causés à l’environnement, mais dans d’autres les a aggravés) et de manière critique les questions de gouvernance. Une tendance émergente est celle de l’interconnectivité mondiale: l’extraction de ressources et la production ont lieu dans une partie du monde, mais servent souvent à satisfaire les besoins de consommateurs éloignés, vivant dans d’autres régions.

L’étude met aussi l’accent sur la manière dont les différents milieux sont affectés: 

  • Les 3/4 de l’environnement terrestre et environ 66% du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. En moyenne ces tendances ont néanmoins été moins graves ou évitées dans les zones qui appartiennent à ou sont gérées par des peuples autochtones et des communautés locales
  • Plus d’un tiers de la surface terrestre du monde et près de 75% des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l’agriculture ou à l’élevage. 
  • En 2015, 33% des stocks de poissons marins ont été exploités à des niveaux non-durables; 60% l’ont été au niveau maximum de pêche durable et seulement 7% à un niveau inférieur à celui estimé comme étant durable. 
  • Les zones urbaines ont plus que doublé depuis 1992
  • La dégradation des sols a réduit de 23% la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale. Ainsi, une partie de la production agricole annuelle mondiale doit faire face à la disparition des pollinisateurs, et 100 à 300 millions de personnes sont exposées à un risque accru d’inondations et d’ouragans en raison de la perte de leur habitats côtiers. 
  • la pollution par les plastiques a été multipliée par 10 depuis 1980
  • les tendances négatives de la nature continueront jusqu’en 2050 et au-delà, dans tous les scénarios politiques explorés dans le rapport, sauf dans ceux qui proposent un changement transformateur.   

Le document souligne qu’il est prioritaire « d’atteindre les objectifs climatiques tout en préservant et en restaurant la nature et ses contributions à la population. Afin d’atteindre des objectifs substantiels d’atténuation du changement climatique, une augmentation importante des plantations dédiées à la bioénergie a été proposée, mais en raison de sa grande superficie, il est peu probable que cela soit compatible avec les objectifs de biodiversité »

 Le rapport montre qu'en poursuivant les politiques actuellement mises en place pour protéger la nature et la biodiversité, qu’en continuant sur les trajectoires actuelles, il sera impossible d’atteindre les objectifs du développement durable. Les tendances négatives actuelles concernant  la biodiversité et les écosystèmes vont freiner les progrès en vue d’atteindre les ODD dans 80% (35 sur 44) des cas où les cibles ont été évaluées; en particulier ceux liées à la pauvreté, la faim, la santé, l’eau, les villes, le climat, les océans et les sols (ODD 1, 2, 3, 6, 11, 13, 14, 15). La perte de biodiversité n’est pas qu’un problème environnemental, mais est aussi liée au développement, à l’économie, la sécurité, la société et l’éthique.

Mais le rapport rappelle qu’il n’est pas trop tard pour agir, seulement si nous commençons le faire maintenant et à tous les niveaux, à l’échelle locale comme mondiale. Un « changement transformateur » serait ainsi nécessaire: un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques, et sociaux, y compris en termes de paradigmes, objectifs et valeurs.

Le document souligne qu’il est important d’adopter une gestion intégrée et des approches intersectorielles qui prennent en compte les compromis entre la production alimentaire et celle de l’énergie, les infrastructures, la gestion de l’eau douce et des zones côtières, ainsi que la conservation de la biodiversité. Un élément clé qui a été identifié pour les  politiques futures plus durables, et créer une économie mondiale durable, est l’évolution des systèmes financiers et économiques mondiaux. Elle s’éloigne du paradigme actuel trop limité de la croissance économique. 

Sir Bob Watson avait par ailleurs déjà pointé du doigt le fait que les gouvernements ont tendance à faire un focus sur le changement climatique, quitte à délaisser les problématiques de perte de biodiversité et de dégradation des sols, alors que les trois problématiques sont interconnectées et toutes aussi importantes pour le bien-être humain. 

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