Une étude menée dans le cadre du projet PAOMA
Dans le cadre du projet PAOMA, une étude approfondie a été réalisée sur les pratiques traditionnelles et innovantes de sélection, de multiplication et de conservation des semences et plants dans la vallée du M’Zi, située dans la wilaya de Laghouat, en Algérie. Menée par le consortium composé de deux consultants Agriboost Conseils et Agridev-Expertise pour le CARI et El Argoub, cette étude visait à mieux comprendre les dynamiques locales liées aux variétés locales, aux systèmes semenciers et aux savoir-faire paysans afin de renforcer la résilience des systèmes agricoles oasiens face aux changements climatiques et à l’érosion de l’agrobiodiversité. La version préliminaire de l’étude fourni d’ores et déjà des éléments intéressants, dont certains sont résumés dans cet article.
La vallée du M’Zi possède un riche patrimoine agricole hérité de plusieurs siècles d’agriculture oasienne. Historiquement, les oasis reposaient sur des systèmes intégrés combinant palmiers dattiers, arboriculture, cultures maraîchères et élevage, le tout soutenu par une gestion communautaire de l’eau à travers les foggaras et les seguias.
Cependant, ces équilibres sont aujourd’hui fragilisés par plusieurs facteurs : urbanisation croissante, pression sur les ressources hydriques, transformation des systèmes agricoles et effets du changement climatique. L’étude rappelle notamment que la région connaît une hausse marquée des températures et une diminution progressive des précipitations, avec des conséquences directes sur les calendriers agricoles, les rendements et la santé des cultures locales.
Face à ces évolutions, le projet PAOMA considère l’agrobiodiversité locale comme un levier essentiel d’adaptation et de résilience pour les territoires oasiens.
Une biodiversité cultivée encore très riche
Les enquêtes de terrain menées dans le cadre de l’étude ont permis de mettre en évidence une importante diversité de variétés locales encore cultivées dans la vallée du M’Zi. Le rapport adopte une définition large des « variétés locales », englobant les variétés paysannes, anciennes, patrimoniales et les populations hétérogènes adaptées depuis longtemps aux conditions locales.
Cette diversité concerne aussi bien les céréales que les légumes, les arbres fruitiers, les plantes aromatiques et médicinales (PAM) ou les palmiers dattiers. Plusieurs variétés locales continuent d’être conservées grâce aux pratiques paysannes de sélection massale, de greffage, de multiplication végétative ou encore de conservation traditionnelle des semences.
L’étude souligne également le rôle central des savoir-faire locaux dans la préservation de cette biodiversité cultivée. Les agriculteurs disposent encore de connaissances fines sur les variétés adaptées à la sécheresse, aux sols pauvres ou aux fortes chaleurs. Les femmes jouent par ailleurs un rôle essentiel dans la conservation des semences et la transmission des savoirs liés aux cultures vivrières et aux jardins familiaux.
Trois grands ensembles agricoles ont été identifiés dans la vallée :
- les zones périurbaines de Laghouat, caractérisées par une forte diversité cultivée et une dynamique associative importante ;
- les zones arboricoles d’El Assafia et de Bordj Senoussi, marquées par le développement de l’arboriculture et des investissements agricoles ;
- les anciens jardins oasiens autour des ksour d’Aïn Madhi, véritables réservoirs patrimoniaux où subsistent des pratiques agricoles communautaires et une forte diversité intra-jardin.
L’étude montre ainsi que ces trois territoires présentent des fonctions complémentaires : conserver la biodiversité, multiplier les semences locales et valoriser économiquement les produits patrimoniaux.
Des défis importants mais aussi des perspectives concrètes
Malgré cette richesse, le rapport met en évidence plusieurs menaces qui pèsent aujourd’hui sur les systèmes semenciers locaux et sur l’agrobiodiversité de la vallée du M’Zi. Parmi les principaux risques identifiés figurent la standardisation progressive des semences commerciales, la disparition de certaines variétés patrimoniales, le vieillissement des détenteurs de savoirs, la faible structuration des filières locales et la pression hydrique croissante.
Les auteurs soulignent également que les systèmes d’échanges de semences restent majoritairement informels et parfois fragiles, ce qui limite la transmission des ressources génétiques et des connaissances associées.
Afin de répondre à ces enjeux, l’étude formule plusieurs recommandations concrètes pour les années à venir. Parmi les principales propositions figurent :
- l’élaboration d’un catalogue régional pour inventorier les variétés locales ;
- la création d’un conservatoire végétal ;
- la structuration de coopératives dédiées aux produits patrimoniaux, via une étude de marché ;
- le renforcement des capacités des agriculteurs et des acteurs locaux, par le biais de la formation « andragogique »;
- le développement d’outils de capitalisation des connaissances et des données territoriales. A ce titre, une version préliminaire d’un outil, type Géoportail, a été développée.
Au-delà du diagnostic, cette étude constitue une base stratégique importante pour les actions à venir du projet PAOMA. En documentant les pratiques agricoles locales et les savoirs paysans, elle contribue à préserver un patrimoine agricole vivant et à renforcer la résilience des oasis de la vallée du M’Zi face aux défis climatiques, économiques et sociaux à venir.
Un atelier de restitution des résultats de l’étude sera organisé dans le courant du mois de juin, en présence des parties prenantes locales et agriculteurs rencontrés dans le cadre de l’étude. Sur la base des discussions de cette restitution, le rapport final sera consolidé par l’équipe de consultants, et diffusés sur le site internet du CARI.