Dans la vallée du M’Zi et plus précisément dans la wilaya de Laghouat en Algérie, le projet PAOMA – Programme de Préservation et de valorisation économique de l’Agrobiodiversité Oasienne, financé par l’AFD et la Région Occitanie, s’attache à répondre à un défi central pour les agricultures sahariennes : produire durablement dans un contexte de raréfaction de l’eau et de changement climatique, tout en valorisant les savoirs et les ressources locales.
Mis en œuvre par le CARI, en partenariat avec l’association algérienne El Argoub, PAOMA vise à améliorer la résilience des agrosystèmes oasiens en s’appuyant sur l’agrobiodiversité locale, notamment les variétés paysannes encore cultivées par certains agriculteurs. Le projet articule ainsi production de connaissances, expérimentations agricoles, renforcement de capacités et dynamiques collectives autour des semences, avec une attention particulière portée aux femmes et aux jeunes.
Des expérimentations agricoles au service des agricultures locales

Parmi les activités clés du projet, les expérimentations agricoles sur les céréales d’hiver occupent actuellement une place stratégique. Dans la vallée du M’Zi, les céréales – blé et orge notamment – jouent un rôle essentiel dans les systèmes agricoles, mais sont fortement contraintes par le déficit hydrique, principal facteur limitant des rendements. Or, de nombreuses variétés locales, progressivement abandonnées au profit de semences commerciales, sont réputées pour leur rusticité et leur capacité d’adaptation aux conditions arides.
L’objectif de ces expérimentations est double : produire des références scientifiques solides sur le comportement de ces variétés locales, et apporter des éléments concrets d’aide à la décision aux agriculteurs, afin de sécuriser leurs choix variétaux et leurs stratégies d’irrigation.
Menées en étroite collaboration avec des chercheurs de l’Institut National de la Recherche Agronomique d’Algérie (INRAA), ces expérimentations visent notamment à :
- évaluer l’efficience d’utilisation de l’eau des variétés locales par rapport aux variétés commerciales;
- tester leur tolérance au stress hydrique;
- analyser les performances agronomiques et économiques sous différents régimes d’irrigation;
- mieux comprendre l’influence des conditions locales de sol et de climat sur le comportement des cultures.
Tester la résilience face au manque d’eau
Pour répondre à ces objectifs, un dispositif expérimental rigoureux a été mis en place sur trois sites représentatifs de la vallée du M’Zi. Les essais portent sur plusieurs variétés de blé – dont trois variétés locales issues des prospections menées auprès des agriculteurs (Marouani, El Bidi, Guemgou Rakhma) – comparées à des variétés commerciales largement diffusées. Pour l’orge, une variété locale (orge Arbi) est testée face à une variété commerciale de référence.
Les parcelles expérimentales sont soumises à trois régimes hydriques contrastés : une irrigation de référence, un déficit modéré et un déficit sévère, afin de simuler différentes situations de stress hydrique. Ce choix méthodologique permet d’analyser non seulement les performances des variétés, mais aussi leur capacité à maintenir des rendements acceptables avec moins d’eau – un enjeu crucial dans une région confrontée à une pression croissante sur la ressource hydrique.
Les essais sont conduits en conditions réelles de plein champ, en s’appuyant sur des pratiques proches de celles des agriculteurs locaux (densités de semis, nombre d’irrigations, itinéraires techniques), afin de favoriser l’appropriation future des résultats.
Produire des connaissances utiles et partageables
Au-delà des résultats agronomiques attendus, ces expérimentations s’inscrivent pleinement dans la philosophie du projet PAOMA : croiser savoirs scientifiques et savoirs paysans, et inscrire la recherche au plus près des réalités du terrain. Les données produites permettront d’identifier les variétés les plus adaptées aux conditions locales, mais aussi d’alimenter une réflexion plus large sur la sélection, la sauvegarde et la multiplication des cultivars locaux, dans une perspective d’adaptation au changement climatique.
À terme, les enseignements issus de ces essais viendront nourrir les actions de formation, de sensibilisation et de structuration des dynamiques semencières locales portées par PAOMA. Ils contribueront également à renforcer le dialogue entre agriculteurs, chercheurs et institutions, autour d’un enjeu central pour l’avenir des oasis : produire mieux avec moins d’eau, en valorisant les ressources du territoire.