Notre ami et collaborateur de longue date Robert Morez s’en est allé dans une grande discrétion ce 17 aout 2025 après une longue vie de 90 ans pour l’essentiel dédiée à la promotion d’une agriculture du vivant. Pionnier de l’agriculture biologique et de l’agroécologie, et à travers la formation, Robert n’avait pas son pareil pour donner vie et sens à la complexité d’une approche à la fois sensible et scientifique de l’agriculture et des agriculteurs qu’il qualifiait volontiers « d’artisans de la terre ».
Doté d’une solide mémoire historique et se référant régulièrement à sa formation agronomique en Belgique et aux « humanités » faisant à l’époque partie des contenus de l’enseignement, Robert, à travers ses missions internationales, savait captiver autant son auditoire européen qu’ africain par un redoutable sens de l’humour servi par une parole prolixe . S’excusant quelquefois au passage de son intarissable volubilité par une jolie pirouette « j’ai été vacciné par une aiguille de phonographe à ma naissance »
Qui n’a pas entendu sa phrase introductive expliquant son parcours d’agronome et son premier emploi aux Antilles à l’Institut des Fruits et Agrumes pendant lequel un pesticide à failli le rendre aveugle : « C’est parce que j’ai failli perdre la vue, que cela m’a ouvert les yeux » sur l’agriculture conventionnelle et l’utilisation de produits chimiques témoignait-il.
Plus que beaucoup d’autres qui s’enorgueillissent à postériori de porter l’agroécologie, tel un semeur, Robert laisse derrière lui une foule immense d’anonymes, jeunes et vieux, qui ont été inspirés par cet homme appliqué et impliqué qui professait une agroécologie jubilatoire combinant humus et humour , avec cette personnalité rare évoquant une combinaison de Tintin, du professeur tournesol et du capitaine Haddock…
Lorsqu’il évoquait la vie du sol, la lombriculture ou qu’il faisait un exercice pratique sur le terrain, Robert n’avait pas son pareil pour y glisser des anecdotes ou mots d’humour, des références grecques ou latines ou encore de lancer des punchlines comme par exemple « la culture d’urinoirs » pour stigmatiser la culture hydroponique hors sol, ou la « butte sandwich ou lasagnes » pour nommer une culture sur buttes ( hûgelkuktur)
A travers la publication des « cahiers de l’agroécologie » il s’est en quelque sorte livré à une sorte de compilation de « ce que je crois », mêlant connaissances et fruits de ses multiples expériences, et imprégnés d’un grand pragmatisme populaire.
Parmi les premiers adhérents lorsque nous fondions le Carrefour International d’Echanges de Pratiques Appliquées au Développement à Viols le Fort (Hérault) en 1988 et avec Pierre Rabhi, Jean Luc Messe, Serge Fabre, Robert fut aussi l’un des premiers à y planter des arbres, à y accueillir des stagiaires, à effectuer des missions d’appui au Sénégal, en Mauritanie, au Mali, au Burkina Faso, en Pologne, au Maroc. Les témoignages sont nombreux, et de plusieurs pays, de celles et ceux qui ont nourri leur réflexion et leur engagement sur la voie de l’agroécologie après avoir écouté Robert.
Au Centre d’Actions et de Réalisations Internationales ( CARI 1998 ), il fut un intervenant apprécié pour sa chaleur humaine et sa formidable pédagogie, et plus tard un administrateur fidèle qui ne manquait pas de nous rappeler régulièrement que l’agroécologie était un levier puissant pour la lutte contre la dégradation des terres.
De 1992 à 2000, Robert a travaillé au Cat des 4 Vaulx à Corseul ,Côtes d’Armor. Revenu dans l’Hérault, il s’installe à Mireval, en tant qu’actif retraité et devient grand-père de Nicolas et Axelle.
En mon nom personnel et au nom de l’association CARI, de ses administrateurs, de ses permanents, nous voulons adresser à sa famille, notamment à ses enfants, à ses amis, et aux très nombreuses personnes à travers le monde qui ont connu et apprécié Robert, le témoignage de notre profonde tristesse et notre chagrin pour cette perte humaine.
Nous nous souviendrons avec gratitude d’avoir pu être compagnons de route au service du vivant , repose en paix cher Robert.
Viols le Fort le 20 aout 2025,
CARI, Patrice Burger
Si vous souhaitez transmettre un témoignage à la famille ou aux enfants de Robert, envoyé votre message à contact@cariassociation.org

