À Laghouat et El Assafia, le projet PAOMA, sous la direction du CARI et d’El Argoub transforme les écoliers en ambassadeurs passionnés de l’agrobiodiversité oasienne à travers un parcours pédagogique, l’art, le théâtre et l’expérience du terrain.
L’école peut-elle réinventer notre relation à la terre ?
Dans la wilaya de Laghouat, la réponse est un grand oui collectif.
Durant l’année scolaire 2025/2026, l’Association El Argoub, en partenariat avec des acteurs locaux et prestataires engagés, a organisé un cycle d’animations scolaires d’une envergure inédite dans le cadre du projet PAOMA. Ciblant les élèves de 4e année primaire des écoles KAZOUAI Attallah à Laghouat et MECHRAOUI Djelloul à El Assafia, ce programme a relevé un défi de taille: sortir l’éducation environnementale des manuels et classes d’écoles pour la faire découvrir sur le terrain, sur les planches de théâtre et sur la toile.
L’éveil de la conscience oasienne : de la classe à la terre nourricière

Tout a commencé à l’automne 2025 par des journées de sensibilisation et de dégustation de produits frais et sous-produits artisanaux des fermes de Laghouat organisées directement au cœur de l’établissement scolaire et au siège de l’association pour découvrir les différentes cultures et élevages, combinés à des exercices et quizz interactifs sur l’agrobiodiversité, la découverte de ce qu’est une ferme et l’utilisation de kits de semences pour cultiver leurs premières graines et s’émerveiller devant leur développement. Très vite, l’apprentissage s’est transformé en action concrète grâce au volet pédagogique animé par l’association « Ville Verte pour le Développement ».
À travers des ateliers interactifs organisés entre janvier et avril 2026, les écoliers ont été initiés aux quatre piliers de la gestion durable locale : le tri sélectif des déchets, l’étude microscopique des composants du sol et des plantes, les secrets d’une fertilisation saine et la fabrication de compost domestique à base d’épluchures et de feuilles mortes.
Pour ces enfants de deux environnements différents : de la ville et d’une zone rurale, la consécration de ce parcours scientifique est venue des sorties d’immersion au niveau de la ferme locale #Khayrat_b7erti. Quitter les murs de la classe pour toucher la terre, observer la complémentarité vitale entre l’élevage et les cultures, et découvrir les variétés de cultures existantes, d’arbres fruitiers, de palmiers dattiers et de différentes races animales a provoqué un déclic chez les jeunes écoliers qui ont compris que l’agriculture est bien plus qu’un métier : c’est un art de vivre avec la nature.
Comme ça avait été si bien résumé : « L’agriculture ne se récite pas, elle se vit ».
L’art écologique comme cri du cœur : le projet « Petits gestes, grands horizons »
Parce que la sensibilité à la nature passe aussi par l’émotion et la créativité, l’artiste plasticien Mustapha TAABA (#TAABAART) a guidé les élèves dans une exploration artistique profonde tout au long du deuxième trimestre. Pas moins de 47 enfants ont participé à des ateliers d’expression libre et d’initiation aux techniques de peinture naturelle et écologique.
Chaque élève a donné vie à plusieurs œuvres personnelles :
- L’Œil Symbolique (« Je vois, j’agis, j’aime »), pour exprimer le regard qu’ils portent sur le monde vivant.
- L’Empreinte de la main (« Ma terre, ma main, mon horizon »), matérialisant leur promesse d’engagement.
- Une œuvre libre (« La terre comme je la vois »), célébrant la richesse de leur terroir.


L’aboutissement de cette démarche a résidé dans la création de trois magnifiques toiles collectives. Mosaïques colorées des travaux individuels des enfants, ces fresques grandioses racontent une histoire saharienne vibrante, où dominent les palmiers dattiers, l’eau, le soleil, et une vision cosmique de la biodiversité d’une poésie rare.
Sur les planches : l’eau c’est la vie au cœur du drame
En parallèle, l’association culturelle Tour’Art a investi les salles de classe pendant quelques semaines pour transformer les écoliers en véritables comédiens professionnels. Après des séances de lecture, d’exercices d’expression scénique et des séances de casting intensives de février à avril, les enfants ont endossé les rôles d’une pièce de théâtre percutante intitulée « L’eau, c’est la vie« .
La pièce présentée au niveau des deux écoles lors de la célébration de la journée nationale du Savoir le 16 avril, dépeint le parcours d’un enfant d’abord destructeur entrainant ses amis – jetant des déchets et arrachant des fleurs et plantes et gaspillant de l’eau – qui, suite au dialogue magique avec une « goutte d’eau » personnifiée, prend conscience de l’impact de ses gestes. Le spectacle, répété avec rigueur et remarquablement présenté, transmet un message universel et poignant porté par la voix de ces jeunes acteurs : l’eau est un bien commun précieux, et sa protection est la responsabilité de tous, grands et petits.
Une clôture mémorable
La consécration de cette riche année scolaire s’est déroulé le mardi 28 avril 2026 au Centre de Loisirs Scientifiques (CLS) de Laghouat. Dans une atmosphère de fierté et d’émotion, l’Association El Argoub a réuni l’ensemble des partenaires, des enseignants et des familles pour célébrer les productions des écoliers.
Le public a pu découvrir le pavillon de jardinage et de tri sélectif, admirer la grande exposition d’arts plastiques et assister à la projection d’un court film d’animation d’éducation environnementale conçu et produit par l’association culturelle Tour’Art sur la protection des ressources hydriques, suivi d’un débat passionné avec les enfants. Sur scène, la troupe théâtrale des écoliers a livré une performance brillante, saluée par des salves d’applaudissements.
La journée s’est clôturée par la remise d’attestations de participation aux enfants, transformés officiellement en « jeunes ambassadeurs de l’environnement », ainsi que des attestations de remerciement aux équipes pédagogiques des deux écoles et les prestataires qui ont encadré toutes ces activités pour leur dévouement sans faille.
Des horizons prometteurs pour la rentrée prochaine
Loin d’être une simple conclusion, cet événement marque le début d’une action durable. Un rendez-vous a d’ores et déjà été pris pour le début de la prochaine année scolaire 2026/2027. Au programme : le suivi d’autres activités avec les mêmes classes d’écoliers éco-responsables avec la production d’un autre court film d’animation, une nouvelle pièce théâtrale et des leçons d’initiation en robotique pour la gestion rationnelle et optimisée des ressources naturelles et, surtout, la mise en place concrète de « jardins de la biodiversité » au sein même des espaces verts des écoles KAZOUAI Attallah et MECHRAOUI Djelloul et du siège de l’association.
Grâce au projet PAOMA, ces dizaines d’enfants n’ont pas seulement appris à peindre, à jouer la comédie ou à planter des graines. Ils ont développé une fierté profonde pour leur territoire et la certitude que, quel que soit notre âge, chaque petit geste compte pour préserver l’avenir de notre planète.






